Le bear market des cryptomonnaies est-il en train de s’estomper ? Selon Denny Galindo, analyste au Global Investment Office de Morgan Stanley Wealth Management, plusieurs signaux familiers réapparaissent — mais d’importantes différences persistent, ce qui rend la sortie de crise encore incertaine pour les investisseurs et les acteurs du secteur.
Un calendrier qui recolle partiellement aux anciens cycles
Historiquement, les cycles du bitcoin ont suivi un rythme proche de quatre ans : une longue phase haussière suivie d’un repli d’environ une année. Cette alternance, souvent qualifiée de « saisons » par les professionnels, sert de boussole pour anticiper les retournements.

Sur ce point, le calendrier actuel présente des similitudes nettes avec les précédents bas. Le moment où le marché a tendance à se redresser se situe généralement 17 mois avant le halving suivant — une temporalité qui coïncide aujourd’hui avec la période en cours. Ce paramètre donne une première raison concrète d’être attentif dès maintenant.
Par ailleurs, les tensions sur les places d’échange ont souvent culminé juste avant ces printemps crypto : plusieurs plateformes majeures ont failli ou fermé peu avant les précédents redémarrages. Cet été, BitMEX a annoncé en juillet des changements opérationnels programmés pour septembre, un élément que Galindo inscrit dans sa grille de lecture du cycle.
- Durée du cycle : positionnement temporel par rapport au dernier pic et au halving à venir.
- Tensions sur les exchanges : incidents et fermetures d’acteurs majeurs proches des reprises historiques.
- Drawdown : amplitude du repli du bitcoin depuis le sommet précédent.
- Diffuculté de minage : baisse puis reprise de la difficulté, signe d’un retour d’activité des mineurs.
- Thermocap multiple : ratio entre la capitalisation et la valeur cumulative produite par le minage.
- Amplitude du rebond de prix : seuil historique d’un rebond significatif depuis le point bas (environ +50 %).
Des indicateurs majeurs qui restent en retrait
Quand on se tourne vers les métriques quantitatives, l’image se complique. Les précédents bear markets avaient vu le bitcoin chuter de l’ordre de 77 % à 84 % par rapport aux sommets antérieurs. Ici, la baisse observée entre octobre 2025 et fin juin 2026 s’établit autour de 53 % — suffisante pour alerter, mais moins prononcée que par le passé.

La diffculté de minage a suivi la trajectoire attendue en phase de creux en se contractant, mais elle n’a pas encore enregistré le rebond qui, historiquement, marque la reprise de l’activité des mineurs. Même constat pour le thermocap multiple : les cycles antérieurs ont souvent clos le bear market sous un ratio de 10, tandis que ce cycle s’est stabilisé autour de 13.
Ces écarts signifient que plusieurs pièces du puzzle sont présentes sans pour autant recomposer exactement le tableau des anciens creux.
Le prochain cycle pourrait obéir à d’autres logiques
La rupture observée en 2024 alimente l’interrogation centrale de Galindo : le bitcoin est-il désormais contraint de répéter fidèlement ses anciennes mécaniques ? Au contraire, il a déjà dérogé à la règle lors du dernier cycle, dépassant son record de 2021 avant le halving d’avril 2024.
Autre paramètre structurel : le récit dominant des marchés a changé. Là où la spéculation alimentait massivement la crypto en 2020‑2021, l’attention des investisseurs s’est depuis massivement tournée vers l’IA. Ce déplacement thématique peut modifier l’intensité et la nature des flux vers les actifs numériques lors du prochain cycle.
En pratique, cela veut dire que même si certains voyants temporels sont au vert, le moteur du prochain bull market pourrait être différent — ou moins puissant — que par le passé.
En bref, l’analyse de Galindo ne rend pas de verdict tranché : elle met en lumière une convergence de signaux calendaires et des divergences sur les métriques fondamentales. Les deux inconnues majeures à surveiller sont le comportement du bitcoin dans les semaines précédant le halving et l’évolution du récit technologique — l’IA concurrencera-t-elle durablement la crypto comme thème d’investissement ?
Pour les investisseurs, les mineurs et les gestionnaires d’actifs, l’issue importe concrètement : allocation de risque, réouverture de positions, capacité des infrastructures (exchanges, pools de minage) à reprendre de l’activité. Plutôt que d’annoncer la fin du bear market, l’heure est à l’observation méthodique des indicateurs cités et à la préparation aux scénarios alternatifs.



