La course aux stablecoins en euros prend un tour concret : un groupe bancaire paneuropéen a annoncé l’arrivée de vingt-cinq nouveaux membres, renforçant un projet visant à offrir une alternative européenne aux solutions adossées au dollar. Ce mouvement, intervenant à quelques mois d’un lancement planifié pour le second semestre 2026, soulève des questions pratiques et géopolitiques pour les paiements numériques en Europe.
Un consortium européen prend de l’ampleur
Basé à Amsterdam, le consortium Qivalis a confirmé le 20 mai l’intégration de 25 banques supplémentaires, portant son réseau à 37 établissements répartis dans 15 pays. Parmi les nouvelles adhésions figurent des noms importants du secteur financier européen : ABN AMRO, Rabobank, Nordea et Intesa Sanpaolo.
Le calendrier fixé par le consortium vise une mise en service au second semestre 2026. L’objectif affiché : déployer une infrastructure de paiement tokenisé en euros qui puisse être utilisée pour des règlements instantanés, la gestion de trésorerie et d’autres usages institutionnels — et qui tienne tête aux stablecoins dominants émis aux États-Unis.
- Réseau : 37 banques présentes dans 15 pays
- Acteurs majeurs récemment entrés : ABN AMRO, Rabobank, Nordea, Intesa Sanpaolo
- Lancement visé : second semestre 2026
- Pays le plus actif récemment : l’Espagne (5 nouvelles banques, dont Banco Sabadell et Bankinter)
Cette montée en puissance reflète un intérêt croissant des institutions traditionnelles pour les paiements on‑chain et la tokenisation des actifs. Pour les banques, il s’agit désormais de maîtriser l’infrastructure plutôt que de dépendre d’acteurs non‑bancaires ou étrangers.
MiCA, Fireblocks et la volonté de conformité
Le projet se développe sous l’angle réglementaire européen : Qivalis affirme vouloir opérer dans le cadre du règlement MiCA, qui apporte un cadre juridique pour les crypto‑actifs dans l’UE. Ce positionnement vise à rassurer les superviseurs sur des points cruciaux : conformité, protection des données et stabilité financière.
Sur le plan technologique, le choix du prestataire de services de conservation et d’infrastructure — notamment la collaboration avec Fireblocks — illustre l’intention de construire une solution répondant aux standards institutionnels (sécurité des clés, contrôle des flux, auditabilité).
En bref, le message envoyé aux régulateurs est clair : il ne s’agit pas d’une expérimentation spéculative mais d’une initiative structurée par des établissements soumis à des obligations prudentielles.
Pourquoi cela compte aujourd’hui
Le marché des stablecoins a pris une ampleur considérable : sa capitalisation a dépassé les 323 milliards de dollars, mais près de 98 % de ce marché reste libellé en dollar. Cette concentration pose un double risque pour l’Europe — économique et stratégique — en rendant les paiements on‑chain dépendants d’un rayon d’action monétaire extérieur.
Si les initiatives américaines (avec des acteurs comme BlackRock, PayPal ou Western Union) progressent rapidement et si les autorités américaines discutent activement d’un encadrement, l’Europe tente de créer une alternative stable et conforme pour préserver sa souveraineté monétaire et garantir des rails de paiement alignés sur le cadre juridique européen.
Pour les entreprises et les institutions européennes, la disponibilité d’un stablecoin en euros pourrait accélérer les paiements transfrontaliers, réduire les frictions de trésorerie et stimuler la tokenisation des actifs financiers. Mais l’impact dépendra de l’adoption, des garanties réglementaires et de l’interopérabilité avec les infrastructures existantes.
Des implications concrètes pour les utilisateurs et le secteur
Les banques cherchent à transformer les usages : la logique commerciale passe de l’accès aux marchés crypto à l’intégration des stablecoins dans les processus bancaires classiques — paiements instantanés, gestion de liquidités, et règlements interbancaires sur des rails numériques. Pour les utilisateurs finaux, cela pourrait signifier des transactions plus rapides et des coûts réduits, sous réserve d’une confiance suffisante dans les nouveaux instruments.
Reste la question de l’équilibre entre monnaie numérique de banque centrale et stablecoins privés. Alors que la Banque centrale européenne poursuit son étude sur un euro numérique, les initiatives privées comme Qivalis pourraient coexister, complémentaires ou concurrentes, selon les choix réglementaires et opérationnels.
Dans ce contexte, la capacité des banques européennes à coordonner une offre sécurisée, largement acceptée et conforme déterminera si l’Europe peut réellement diminuer sa dépendance aux stablecoins en dollars ou si elle restera en retrait face à des acteurs déjà bien implantés.



