Une nouvelle enquête de Coinbase et The Block Pro Research révélée cet automne montre que les stablecoins circulent majoritairement en dehors des horaires bancaires américains — et cela transforme déjà certains paiements transfrontaliers et trésoreries d’entreprise. Le phénomène, mesuré sur douze mois et confirmé par un pic à la fin du troisième trimestre 2026, pose des questions concrètes sur la disponibilité, le coût et la supervision des flux en dollars numériques.
Un volume considérable hors des rails bancaires
Le rapport, intitulé The Always-On Dollar, chiffre le volume ajusté des transferts en stablecoins à 891 milliards de dollars pour le troisième trimestre 2026. Sur la base de ce total trimestriel, cela représente en moyenne plus de 400 millions de dollars transférés chaque heure pendant la période — un rythme qui diffère radicalement du calendrier des systèmes bancaires conventionnels.

La statistique la plus frappante porte sur la répartition horaire : sur les douze mois clos le 31 juillet 2026, environ 73 % du volume étudié a circulé en dehors des plages d’ouverture des banques américaines. Le chiffre communiqué est un « volume ajusté », c’est‑à‑dire retravaillé pour exclure des mouvements internes ou artificiels enregistrés sur blockchain ; le volume brut peut donc être supérieur.
| Part du volume en dehors des horaires bancaires | 73 % |
| Transferts ajustés — T3 2026 | 891 milliards $ |
| Flux moyen par heure (sur le trimestre) | + 400 millions $ |
| Adresses blockchain détenant des stablecoins | 293 millions |
| Capitalisation totale des stablecoins (récente) | ≈ 301 milliards $ |
| Projection de volume ajusté fin 2027 | Jusqu’à 1 500 milliards $ par trimestre (scénario) |
Des usages professionnels qui progressent
Les entreprises commencent concrètement à exploiter cette disponibilité permanente. Selon l’étude, 30 % des entreprises américaines de taille intermédiaire qui effectuent des paiements internationaux utilisent déjà des stablecoins ou les testent — un bond depuis les 10 % observés en 2024.

Le volume des paiements interentreprises en stablecoins a crû de 36 % en un an. Coinbase illustre aussi un cas de coût : envoyer 200 dollars en USDC via la blockchain Base coûterait environ 86 % de moins qu’un virement traditionnel comparable — un exemple ponctuel, qui ne garantit pas des gains identiques pour l’ensemble des scénarios.
Les grands réseaux de paiement s’ajustent : Visa a annoncé la mise en production de capacités liées aux stablecoins pour permettre, entre autres, le préfinancement d’opérations internationales en USDC 24/7. Parallèlement, des banques centrales explorent des architectures hybrides mêlant stablecoins et monnaies numériques de banque centrale pour accélérer les règlements transfrontaliers.
- Vitesse : disponibilité 24/7, plus de dépendance aux horaires bancaires.
- Coût : économies potentielles sur certaines liaisons transfrontalières.
- Trésorerie : nouvelles options pour optimiser les liquidités internationales.
- Régulation : renforcement prévisible de la supervision et des exigences de conformité.
- Risques opérationnels : volatilité de l’écosystème crypto, dépendance à des rails privés.
Les banques testent, le marché n’augmente pas forcément en taille
Les acteurs traditionnels ne restent pas sur la touche : le rapport indique que sept des dix plus grandes banques américaines ont expérimenté soit des stablecoins, soit des dépôts tokenisés pour des règlements, et les autres ont annoncé des projets similaires.
Cependant, plusieurs paradoxes émergent. Le nombre d’adresses détenant des stablecoins atteint près de 293 millions, une statistique souvent comparée au parc de cartes d’un émetteur traditionnel — mais la comparaison est partielle : une personne ou une entreprise peut gérer plusieurs adresses, et beaucoup d’adresses appartiennent à des services centralisés.
Autre illustre déséquilibre : l’activité transactionnelle a fortement augmenté alors que la capitalisation totale des stablecoins est restée quasiment stable (environ 301 milliards $ contre 303 milliards un an plus tôt sur la même mesure). Autrement dit, les mêmes dollars numériques tournent davantage plutôt qu’une offre qui s’étend massivement.
Pourquoi cela compte maintenant
Si la tendance se confirme, l’impact sera concret pour les trésoriers, les services de paiements et les régulateurs : des règlements plus rapides et moins contraints par les horaires ouvrent des opportunités d’optimisation mais réclament aussi des cadres opérationnels et juridiques nouveaux. La projection de Coinbase — jusqu’à 1 500 milliards de dollars de transferts ajustés par trimestre fin 2027 — illustre l’échelle possible, tout en restant une estimation conditionnelle.
En résumé, les stablecoins ne sont plus seulement un instrument de marché crypto : ils commencent à jouer un rôle d’infrastructure monétaire accessible à toute heure. Reste à voir comment autorités et acteurs financiers adaptaient leurs règles et leurs systèmes pour encadrer et sécuriser cette « disponibilité permanente » du dollar numérique.



