Mercredi à la Maison-Blanche, Donald Trump a réuni plusieurs dirigeants du secteur des cryptomonnaies pour pousser le Sénat à adopter le CLARITY Act — une loi présentée comme décisive pour l’avenir industriel et géopolitique des États‑Unis face à la Chine. Au‑delà de la simple régulation des actifs numériques, l’enjeu est aujourd’hui clair : donner aux entreprises une visibilité légale immédiate tout en préservant la position technologique américaine.
Un appel public sous haute tension
Devant une délégation de patrons de la crypto, dont Brian Armstrong de Coinbase et les cofondateurs de Gemini, le président a demandé au Sénat d’adopter « une version équitable » du projet. Les intervenants ont présenté le texte comme une opportunité pour instaurer un cadre durable et attirer des investissements sur le sol américain.

Le CLARITY Act, adopté par la Chambre en juillet 2025, reste bloqué au Sénat en raison de désaccords sur des points techniques — notamment la qualification des actions tokenisées et les mécanismes de rendement liés aux stablecoins — et de doutes sur des possibles conflits d’intérêts impliquant la famille Trump.
- Acteurs présents : dirigeants d’exchanges, fondateurs de plateformes de garde et représentants de l’industrie Web3.
- Enjeux techniques : définition juridique des tokens, règles autour des émissions et protection des consommateurs.
- Calendrier : vote sur la motion de clôture programmé au Sénat le 15 septembre, seuil crucial des 60 voix.
- Dimension géopolitique : Washington affirme vouloir conserver une avance industrielle face à Pékin.
Des critiques liées à l’éthique et à la séparation des pouvoirs
La convocation à la Maison‑Blanche n’a pas calmé les oppositions au Congrès. Depuis le Wyoming Blockchain Symposium, le sénateur démocrate Ruben Gallego a dénoncé l’absence de clauses éthiques strictes visant les avoirs personnels de la famille présidentielle, estimant que l’initiative risquait d’avantager des intérêts privés.
Plusieurs élus rappellent que c’est au Congrès, et non à l’exécutif, d’arbitrer le détail d’un texte qui touche aux marchés financiers. Cette crispation institutionnelle complique le travail de négociation et fragilise l’espoir d’un passage rapide au Sénat.
Quand les agences fédérales prennent les devants
Face à l’immobilisme parlementaire, les régulateurs ont commencé à agir sans attendre une loi fédérale. La CFTC, sous la direction de Michael Selig, a convoqué son comité consultatif sur l’innovation afin d’élaborer des règles sectorielles provisoires.

La SEC, pour sa part, a proposé des mesures d’urgence destinées à offrir des dispenses ciblées et à préciser que certains tokens ne relèveraient pas automatiquement du statut de « contrat d’investissement ». Ces initiatives doivent fournir une sécurité juridique temporaire aux acteurs du marché.
Cependant, ce contournement du processus législatif pose un risque : des règles administratives peuvent être contestées devant les tribunaux ou renversées par une future administration, laissant la filière dans une incertitude durable.
Ce que décidera le vote du 15 septembre
Le résultat de la motion de clôture au Sénat déterminera la trajectoire réglementaire : un feu vert législatif permettrait de créer un cadre fédéral consolidé, utile aux entreprises et aux investisseurs ; un refus laisserait place à une mosaïque de règles et à une possible fuite des capitaux vers des juridictions plus stables.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu est double : obtenir des règles pérennes et préserver la compétitivité américaine face à une Chine qui accélère ses propres initiatives sur les technologies numériques. Pour les responsables publics, il s’agit aussi de concilier transparence, sécurité financière et protection contre les conflits d’intérêts.
À court terme, les marchés surveilleront l’évolution des propositions de la SEC et de la CFTC ainsi que les manœuvres parlementaires à Washington. Le rendez‑vous du 15 septembre apparaîtra comme le test le plus tangible de la capacité du système politique américain à fournir un cadre stable aux cryptos.



