L’écrivain et historien Yuval Noah Harari met en garde : il faut refuser aujourd’hui l’idée d’accorder des droits aux intelligences artificielles. Selon lui, laisser courir ce débat sans garde-fous risque de brouiller les responsabilités et d’affaiblir les protections humaines alors que les technologies gagnent en autonomie.
Un avertissement au cœur d’un débat mondial
Lors d’une récente intervention publique, Harari a exhorté responsables politiques et citoyens à ne pas précipiter l’octroi d’une personnalité juridique aux systèmes d’IA. Il souligne que qualifier certains algorithmes de « sujets de droit » pourrait avoir des conséquences pratiques et éthiques lourdes : qui répondra en cas d’erreur ? Qui portera le poids de la responsabilité ?
Cette mise en garde intervient au moment où législateurs, juges et institutions internationales examinent comment encadrer les outils d’IA. Le cœur du problème n’est pas seulement philosophique : il est juridique, économique et social.
Les risques juridiques et opérationnels
Accorder des droits à des machines pourrait permettre à des entreprises de contourner des obligations en transférant responsabilités et coûts à des entités non humaines. De plus, la reconnaissance juridique d’une IA compliquerait les recours des victimes et diluerait les obligations de transparence imposées aujourd’hui aux concepteurs et exploitants.

Harari insiste aussi sur un autre point : une accolade symbolique comme celle des « droits pour IA » ne garantit pas de protections concrètes pour les individus. Sans règles claires sur la conception, le contrôle et l’audit des systèmes, les droits accordés aux machines resteraient surtout théoriques.
Conséquences pratiques pour la société
Les enjeux touchent plusieurs domaines : marchés du travail, décisions administratives automatisées, vie privée, sécurité. À moyen terme, une mauvaise réponse réglementaire pourrait renforcer les inégalités, déplacer la facture sociale vers les plus vulnérables et accroître la concentration de pouvoir entre quelques acteurs technologiques.

- Responsabilité : clarifier qui paie et qui répond en cas d’incident impliquant une IA.
- Transparence : imposer des obligations d’audit et d’explicabilité pour les systèmes critiques.
- Surveillance humaine : maintenir un contrôle humain effectif sur les décisions à fort impact.
- Limites légales : interdire la délégation totale de fonctions sensibles à des algorithmes non soumis à vérification.
Que peuvent faire les décideurs maintenant ?
Plutôt que de discuter d’attribution de droits, Harari propose une série d’orientations pragmatiques : définir des seuils d’autonomie au-delà desquels l’IA est soumise à des obligations strictes, renforcer les mécanismes de responsabilité des entreprises, et développer des procédures d’audit indépendantes.
Des mesures analogues sont déjà sur la table dans plusieurs pays et institutions — codecs éthiques, lois sectorielles, obligations de transparence — mais, selon lui, il faut les accélérer et les harmoniser pour éviter des trous juridiques exploitables par des acteurs privés.
Pourquoi cela importe pour le grand public
Les décisions prises aujourd’hui sur la régulation de l’IA détermineront la manière dont sont prises les décisions qui affectent la vie quotidienne : embauches automatisées, diagnostics médicaux, évaluations financières, surveillance. Refuser d’octroyer des droits aux machines, tout en exigeant des garde-fous robustes, vise à préserver la position centrale de l’humain dans ces processus.
En guise de perspective, Harari appelle à un débat citoyen large et informé : loin d’être une question technique réservée aux experts, la gouvernance de l’IA engage des valeurs collectives et des choix de société.



