En 2026, les projets d’entrée en Bourse de plusieurs poids lourds de la crypto se sont retrouvés en suspens, révélant une réallocation rapide des capitaux vers d’autres thèmes technologiques — principalement l’intelligence artificielle. Ce basculement a des conséquences concrètes pour les start-up du secteur et pour les investisseurs qui espéraient profiter d’un marché public plus accueillant.
- Payward (Kraken), Consensys, Ledger et Grayscale ont reporté leurs plans d’introduction en bourse.
- Blockchain.com a déposé une demande confidentielle aux États‑Unis en mai 2026.
- Christian Lopez, de Cohen & Company Capital Markets, évoque un point bas possible du cycle autour d’octobre 2026.
Les flux se détournent : de la crypto vers l’IA
Selon des acteurs de marché, le mouvement a réellement pris de l’ampleur après une vague de liquidité en octobre 2025 qui a asséché une partie des capitaux disponibles pour l’écosystème crypto. Les petits investisseurs, longtemps moteurs des levées et de la spéculation, ont massivement redirigé leurs allocations vers les valeurs liées à l'intelligence artificielle.

Cette rotation ne s’est pas limitée aux petites positions : elle a aussi renforcé la pression sur les valeurs technologiques majeures — les titres dits du « Mag 7 » — avant que certains d’entre eux ne connaissent à leur tour des corrections. Le résultat est une période d’aversion au risque qui pèse sur les opérations d’introduction.
Plusieurs entreprises espéraient tirer parti de cotations récentes réussies, comme celles de Circle et de Bullish, mais des sorties moins convaincantes — notamment la performance décevante de BitGo après son IPO — ont refroidi les ardeurs des émetteurs et des investisseurs.
La blockchain progresse hors des salles de marché
Même si les IPO se font rares, l’adoption technologique suit son chemin. Banques et places financières testent et mettent en place des chaînes de règlement basées sur la tokenisation, avec des ambitions claires : réduire les délais de règlement de T+1 vers du quasi‑instantané, voire du T+0.

Des acteurs traditionnels — Morgan Stanley, Nasdaq, New York Stock Exchange — travaillent à des infrastructures permettant de régler et de transférer des actifs sous forme tokenisée. Parallèlement, le réseau OpenUSD fédère déjà plus de 140 institutions autour d’un standard de stablecoin, preuve d’une intégration croissante entre finance traditionnelle et crypto‑infrastructure.
Pour les spécialistes interrogés, les gagnants de long terme seront ceux qui fournissent les briques technologiques : fournisseurs d’infrastructure, opérateurs de règlement et plateformes sécurisées. À l’inverse, les sociétés dont le modèle repose sur un unique token risquent d’avoir plus de difficultés à lever des fonds, surtout sur un marché privé déjà sélectif.
Que retenir pour les investisseurs et les entreprises ?
L’environnement macroéconomique joue un rôle central : incertitudes sur les taux, politiques monétaires (y compris des interventions ponctuelles comme celles observées au Japon) et aversion au risque global limitent l’appétit pour les actifs à forte volatilité.
Concrètement, cela se traduit par :
- Des IPO reportées jusqu’à l’amélioration des conditions de marché.
- Une préférence accrue pour les projets résilients et les infrastructures plutôt que pour les tokens périphériques.
- Une possible stabilisation du cycle attendue par certains analystes vers l’automne 2026.
À horizon moyen, le marché pourrait se recomposer autour de quelques références solides : Bitcoin, ether et Solana devraient rester des piliers, tandis que des milliers de tokens moins structurés risquent de disparaître dans les trois à cinq prochaines années, entraînant un tri naturel des projets.
Pour les entreprises en quête de marchés publics, la recommandation implicite est claire : renforcer la solidité opérationnelle et la proposition de valeur, ou attendre un contexte de marché plus favorable avant d’envisager une cotation.



