Un nouveau chapitre s’ouvre dans la querelle sur l’évolution du protocole Bitcoin : la proposition dite BIP-110, qui vise à limiter les inscriptions non monétaires — notamment les Ordinals — relance des débats sur la finalité du réseau et ses règles. L’enjeu est immédiat : faut-il intervenir pour préserver Bitcoin comme moyen de paiement, ou une telle intervention risque-t-elle d’affaiblir la confiance et la neutralité du protocole ?
Que contient précisément la proposition BIP-110 ?
BIP-110 propose un changement technique destiné à restreindre la présence de données arbitraires dans les transactions Bitcoin. L’objectif affiché par ses initiateurs est de réduire les usages jugés accessoires — comme certains types d’Ordinals — pour maintenir la blockchain prioritairement dédiée aux transferts de valeur.
Développée par Dathon Ohm et soutenue par des acteurs comme Luke Dashjr, la mesure est conçue comme un soft-fork temporaire, limité dans le temps pour atténuer ce que ses promoteurs qualifient d’« encombrement » de la chaîne.
Pourquoi des voix influentes se prononcent contre
Parmi les opposants les plus visibles figurent Michael Saylor et Adam Back. Ils estiment que la manœuvre comporte des risques pratiques et symboliques importants pour Bitcoin.
Leurs objections principales : la modification pourrait, dans certaines situations, rendre invalide des transactions légitimes, compromettre la confiance des utilisateurs et introduire une logique de commande qui s’éloignerait des principes de décentralisation. Pour eux, le remède pourrait être pire que le mal.
- Auteur et soutiens : proposition portée par Dathon Ohm, appuyée notamment par Luke Dashjr.
- Durée prévue : mesure présentée comme limitée à un an.
- Seuil d’activation : nécessite 55 % de soutien des blocs validateurs sur la période de signalement.
- Soutien actuel : lors de la période n°475, seulement 1 % des blocs ont signalé leur appui.
- Activité Ordinals : recul marqué des inscriptions quotidiennes, passées d’un pic supérieur à 400 000 (été 2023) à moins de 10 000 récemment.
Les arguments des partisans
Ceux qui défendent BIP-110 insistent sur le caractère circonscrit et temporaire de la mesure. Selon eux, l’activation n’entraînerait pas une scission durable de la chaîne : la limitation viserait uniquement à réduire l’impact des inscriptions non monétaires pendant une fenêtre d’un an.
Ils soutiennent également que cette intervention protégerait la capacité du réseau à traiter des paiements sans être encombré par des transactions non financières lourdes.
Un débat qui rappelle les tensions passées
La controverse renvoie aux affrontements sur la taille des blocs entre 2015 et 2017, moments où la communauté s’était déjà affrontée sur la question de modifier le protocole au risque de diviser la chaîne. Les mêmes dilemmes — préservation de la fonctionnalité première, risque de centralisation, confiance des acteurs — resurgissent aujourd’hui.
Le contexte matériel a toutefois changé : la baisse de l’activité liée aux Ordinals atténue l’urgence ressentie par certains. Si le phénomène ciblé s’est réduit, la tentation d’un ajustement technique persiste chez des acteurs inquiets d’un éventuel gonflement de la blockchain.
Quelle probabilité d’activation ?
À court terme, l’entrée en vigueur de BIP-110 paraît peu probable. Le seuil de 55 % reste loin : la signalisation récente à 1 % illustre l’écart entre les promoteurs et la majorité des mineurs/nœuds. Tant que le consensus n’évolue pas, la proposition restera un élément de débat plutôt qu’une modification effective.
Les prochains cycles de signalement seront déterminants. Ils permettront de mesurer si l’opposition exprimée publiquement par des figures comme Saylor et Back influe réellement sur le comportement des validateurs, ou si, au contraire, des courants favorables parviendront à gagner des voix.
En filigrane, ce dossier interroge plus largement la gouvernance de Bitcoin : qui décide des priorités du réseau, comment gérer des usages nouveaux sans compromettre la confiance, et jusqu’où les mises à jour peuvent remodeler un protocole fondé sur la neutralité ?



