Un nouvel indice publié par la société Strategy révèle que le bitcoin est désormais présent dans 32 % des bilans des grandes banques mondiales — un signe de reconnaissance institutionnelle loin d’être anecdotique mais encore insuffisant pour parler de basculement. Cette progression soulève des questions concrètes : les banques traiteront‑elles bientôt le BTC comme un actif de qualité pour le crédit et la garde ?
Ce que mesure l’indice et pourquoi cela compte maintenant
L’enquête de Strategy analyse plusieurs dimensions : la custodie de BTC, l’activité de trading d’ETF liés au bitcoin et l’utilisation de l’actif ou de ses produits dérivés comme collatéral pour le crédit. À l’heure où les produits financiers adossés au bitcoin se multiplient, ce score de 32 % montre que l’intégration progresse, mais sans atteindre une adoption massive.
Concrètement, si les banques se montrent plus ouvertes aux ETF spot, elles restent prudentes à l’égard du bitcoin natif — une empreinte de la volatilité et des contraintes réglementaires qui freine son emploi comme garantie de premier rang.
Classement et acteurs en tête
Parmi les établissements analysés, certains se détachent nettement. Fidelity arrive en tête avec un score élevé, illustrant une stratégie multi‑produit autour du BTC : garde, détention directe, trading et émission de stablecoins. Derrière, des noms comme BNY Mellon et Goldman Sachs figurent dans le peloton de tête, suivis d’établissements européens tels que Santander, Société Générale ou Standard Chartered.
- Taux d’adoption global : 32 %
- Fidelity : 71 % (leader)
- BNY Mellon : 46 %
- Goldman Sachs : 45 %
- Réserve de cash de Strategy : 3 milliards de dollars
- Vente d’actions MSTR par Strategy : 467 millions de dollars
La stratégie de Strategy et l’ambition de Michael Saylor
Michael Saylor, à la tête de Strategy, considère que la dynamique s’accélère mais reste à ses débuts. Sa feuille de route ne se limite plus à accumuler des bitcoins : elle vise à construire une plateforme financière capable d’appuyer des produits de crédit adossés au BTC.
Pour renforcer sa position, Strategy a converti une partie de ses actions en liquidités — une opération qui a porté ses liquidités à environ 3 milliards de dollars, après la cession d’actions MSTR pour près de 467 millions. Selon l’entreprise, cette trésorerie lui offre une marge de sécurité importante face aux obligations courantes.
Cependant, utiliser le bitcoin comme garantie exigera des partenaires bancaires et des modèles de risque adaptés — et pour l’instant la majorité des prêts adossés privilégient les ETF spot plutôt que le BTC en tant que tel.
Quelles implications pour le système bancaire et les marchés
Si la tendance se poursuit, trois évolutions pourraient transformer le paysage :
- la généralisation du crédit adossé à des instruments liés au bitcoin ;
- l’acceptation plus large des ETF spot comme collatéral de référence ;
- la capacité des acteurs comme Strategy à structurer des instruments financiers reposant sur leurs réserves de BTC.
Ces changements auraient des répercussions directes : augmentation de la liquidité institutionnelle, nouveaux flux de crédit susceptibles de soutenir la demande, et une redéfinition des standards prudentiels autour d’actifs numériques. Mais ils exigent aussi davantage de clarté réglementaire et des cadres de gestion des risques plus matures.
Sur le terrain, l’adoption reste inégale : quelques acteurs pivotent rapidement, d’autres avancent à petits pas. Le résultat n’est pas une transformation instantanée des bilans bancaires, mais plutôt une lente incorporation du bitcoin dans certaines fonctions financières.
En attendant le vrai test
Le score de 32 % indique une tendance de fond, pas encore une rupture. Le basculement vers un rôle pleinement bancaire du bitcoin dépendra autant des décisions stratégiques des grandes institutions que de facteurs externes : réglementation, maturité des produits et évolution de la volatilité du marché.
À court terme, surveillez deux signaux clefs : l’usage croissant des ETF spot comme garantie dans les opérations de crédit, et les initiatives concrètes d’acteurs qui veulent transformer leurs réserves de BTC en leviers financiers. Ces éléments détermineront si l’intégration devient systémique ou reste un mouvement sectoriel limité.



