Une grande banque internationale affirme que le jeton d’Uniswap pourrait atteindre 100 dollars d’ici 2030, une prédiction qui force à regarder de plus près l’intégration des marchés traditionnels avec la finance décentralisée. À l’heure où les institutions examinent la tokenisation d’actifs, cette projection soulève des enjeux concrets pour la liquidité, la concurrence entre places d’échange et la régulation.
Ce que prévoit la banque
Standard Chartered a livré une feuille de route chiffrée plaçant UNI dans une trajectoire haussière marquée. Voici l’essentiel des hypothèses qui étayent cette vision :
- Multiplication attendue des actifs tokenisés exploités dans la DeFi par un facteur d’environ 37 d’ici 2030;
- Estimation de la valeur globale des actifs tokenisés passant d’environ 340 milliards de dollars aujourd’hui à près de 4 000 milliards fin 2028;
- Part des actifs tokenisés utilisés par les protocoles DeFi remontant de ~3,5 % actuellement à environ 30 % en 2030;
- Volume des fonds bloqués (TVL) dans la DeFi pouvant atteindre près de 2 700 milliards de dollars;
- Parcours prix projeté pour UNI : ~6,5 $ fin 2026, 20 $ en 2027, 40 $ en 2028, 65 $ en 2029 et 100 $ en 2030.
Pourquoi Uniswap pourrait capter une large part de la hausse
La thèse repose d’abord sur le modèle même d’Uniswap : une infrastructure ouverte où la liquidité est fournie par les utilisateurs plutôt que par une entité centralisée. Cette configuration réduit les besoins en capital côté opérateur et facilite l’apparition de paires et de pools pour des actifs très corrélés ou des tokens de niche.
Dans la logique de la banque, cette souplesse positionne Uniswap favorablement pour l’échange de stablecoins, de versions stakées d’ether ou encore pour des jetons dont les volumes sont insuffisants pour justifier une présence sur une bourse centralisée. Si la tokenisation d’actifs réels se généralise, Uniswap pourrait devenir un terrain de concurrence direct avec certains acteurs centralisés, à condition d’étendre ses accords commerciaux.
Évolutions protocolaires récentes
Un changement majeur a redessiné l’économie du protocole : une mise à jour a instauré des frais de protocole et un mécanisme de destruction automatique des tokens. Autrement dit, une partie des commissions n’est plus directement reversée aux fournisseurs de liquidité, et un processus de burn réduit progressivement l’offre totale.
Sur la base des chiffres communiqués, le protocole aurait généré environ 21 millions de dollars de frais après la mise à jour. Parallèlement, plusieurs millions de jetons UNI ont été retirés de la circulation — y compris une destruction exceptionnelle de 100 millions d’unités — laissant aujourd’hui une offre totale ramenée à environ 895 millions, dont près de 622 millions en circulation.
Risques et limites de la trajectoire
La perspective optimiste n’est pas sans conditions. Plusieurs risques peuvent freiner la progression :
- Concurrence : des DEX plus spécialisés ou innovants pourraient grignoter des segments de marché précis;
- Partenariats commerciaux : l’attraction des volumes tokenisés dépendra en grande partie de la capacité d’Uniswap à nouer des alliances avec des institutions et des émetteurs d’actifs;
- Technique : certaines fonctionnalités, notamment le système de hooks de Uniswap V4, n’ont pas encore été éprouvées à l’échelle projetée pour la décennie à venir;
- Régulation : un cadre juridique incertain reste un frein majeur pour la tokenisation d’actifs et pour l’adoption institutionnelle.
En pratique, la route vers 100 dollars pour UNI exige une exécution soutenue — déploiement produit, intégrations partenaires, et conditions réglementaires qui évoluent en faveur des marchés tokenisés.
En perspective
La projection de prix est révélatrice d’un changement plus large : les grandes banques commencent à modéliser la DeFi comme un canal potentiel de croissance et non comme un simple phénomène spéculatif. Qu’il s’agisse des volumes, des revenus protocolaires ou de la valorisation, l’issue dépendra autant des choix stratégiques d’Uniswap que de l’environnement externe.
Pour les investisseurs et les observateurs, la leçon est double : l’opportunité existe, mais sa réalisation reste subordonnée à des facteurs opérationnels, concurrentiels et réglementaires. Suivre l’évolution des partenariats, des mises à jour techniques et des décisions de gouvernance du protocole sera crucial pour évaluer la probabilité d’un tel scénario.



